L’affection du peuple est la seule ressource qu’un
prince puisse trouver dans l’adversité.
Nicolas Machiavel (1532) Le prince
Dans le cadre de ma recherche sur le parti pour lequel j’ai l’intention de voter, j’ai décidé de me documenter et de le faire sans ornière afin d’aborder différents points de vue. Le premier livre de cette série de résumés de lecture est celui de Frédéric Bérard, On nous tuera doucement, chroniques sur nos dérives médiatiques, politiques et environnementales, parue en 2024 aux éditions Somme Toute. Ce livre collige des chroniques de l’auteur parues dans le Journal Métro. N’habitant plus la grande métropole, je n’ai pas eu accès à ces écrits. Ainsi, cette publication tombe à point, car je veux vraiment voter pour un parti à la prochaine élection québécoise !
Cette phrase tirée de la préface de Denis Lévesque résume bien l’intention de l’auteur.
« C’est de dialogue dont nous avons besoin. Davantage que d’ilots individuels enfermés dans des chambres d’écho où chacun répète les mêmes arguments. »
Ce livre est divisé en cinq parties. La première se consacre aux dérives afférentes aux médias sociaux, la seconde aux dérives identitaires, la troisième aux dérives démago-médiatiques, la quatrième aux dérives environnementales et la dernière à l’avenir dans tout ça.
L’information, une clé pour savoir d’où on vient et où on ira
Frédéric Bérard invite ses lecteurs à la réflexion, une pensée nourrie par des heures de lectures et d’écoutes de nombreux penseurs de toutes les époques. La réalité d’aujourd’hui est le résultat des actes posés hier, ainsi on ne peut pas séparer le temps et ignorer le passé. Ses chroniques plaident pour l’action, pour se sortir d’une confortable indifférence et ne pas laisser la désinformation gagnée dans la bataille sans livrer combat. À ce propos, il cite Albert Einstein qui disait : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».
Lorsqu’on écoute ou lorsqu’on lit quelqu’un, il est normal de se demander sur quoi il fonde ses affirmations. Si le pathos est utile pour exprimer sa sentience, il l’est moins quand on nous invite à réfléchir pour prendre des décisions qui auront un impact certain sur notre avenir et sur celui de ceux et celles qui nous suivent. Les ingénieurs du chaos et plus récemment L’heure des prédateurs de Guliano da Empoli nous ont mis en garde contre les dérives algorithmiques qui nous enferment dans une réalité qui nous sied bien. Elle est faite de gens qui pensent comme nous et avec lesquels nous interagissons peu puisque nous sommes confortés dans nos positions sans remise en question. C’est là le propre des chambres d’écho. Même si nous le savons, il est facile de se laisser prendre au jeu. Or il faut être très prudent lorsque nos politiciens nous proposent des solutions simples, pour ne pas dire simplistes, à des problèmes complexes. Cependant, je dois absolument ajouter que ce que l’on conçoit bien s’exprime clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément.
D’entrée de jeu, Frédéric Bérard manifeste son opposition à l’intimidation que subissent les politiciens. Il cite les exemples d’agressions qu’on subit Marwah Rizgy, Christia Freeland et Enrico Ciccone. L’attaque physique est souvent la démonstration la plus éloquente d’un manque d’arguments pour défendre un point de vue. Il fait remarquer que cette tendance croissante est également une conséquence directe et indirecte des politiciens qui appellent aux plus bas instincts et à la démagogie.
Les boucs émissaires
Néanmoins l’instrumentalisation de l’immigration pour recruter des appuis par certains partis politiques pue au nez de Frédéric Bérard. Il rappelle à juste titre que Jean-François Lisée avait reproché à son rival Alexandre Cloutier lors de la course à la chefferie du PQ en 2016 d’avoir souhaité une bonne fin de ramadan aux musulmans. Or le prétendant à la laïcité utilisait le même réseau social pour souhaiter joyeuses Pâques à ses abonnés. Donc ce qui est bon pour minou ne l’est pas nécessairement pour pitou. La sociologue Mélanie Beauregard conclut que 438 textes de Richard Martineau publiés entre 2006 et 2014 attisaient l’islamophobie.
Pourtant, comme Frédéric Bérard le fait remarquer, le projet de souveraineté québécoise n’a pas toujours été associé à un repli identitaire. Il rappelle l’accueil de René Lévesque envers les boat people vietnamiens malgré les réticences d’Ottawa. Aujourd’hui, moi aussi je pleure lorsque je lis que Kim Thùy songe à quitter le Québec parce que des discours politiques utilisent les immigrants comme les boucs émissaires. Sérieusement, comment peut-on blâmer quelqu’un que l’on invite à venir vivre chez nous de ne pas s’être préalablement construit une maison dans son pays d’accueil ? Si c’est la solution, et j’en doute, il faudra que les prétendants au poste de premier ministre indiquent clairement que ce sera une nouvelle condition pour la sélection. Moi non plus, je ne veux pas d’un Québec de ce genre-là. J’aimerais qu’on se souvienne que les gens de mon pays sont des gens de paroles.
Sans tomber dans le complotisme, il convient de se demander pourquoi des raccourcis intellectuels trouvent un plus large écho dans les médias. La question est pertinente et certains chroniqueurs méritent que l’on expose largement d’où vient leur endoctrinement idéologique. Mathieu Bock-Côté défend la théorie du grand remplacement. Il est impératif, selon lui, de freiner l’immigration massive. La solution de cette théorie fumeuse est rarement nommée, pourtant clairement inscrite en filagramme. On propose le retour à une hausse de la natalité chez Québécois dits « de souche ». Ainsi, plutôt que d’accueillir des gens et des enfants vivants sur notre terre, nous mettrons d’autres petits au monde par patriotisme dans l’espoir de maintenir une pureté ethnique. Ce faisant, nous ferons fi des bouleversements climatiques, de la nécessité d’adapter nos économies vers une réduction de l’empreinte environnementale d’Homo sapiens, mais nous ferons des bambins, beau programme ! Ces héritiers de souche auront-ils accès à des services de qualité ? Est-ce que les parents auront du temps à leur consacrer ? Mathieu Bock Côté est moins précis sur ces enjeux.
On ne dira pas clairement : « Femmes enfantées et élevées vos enfants pour l’avenir de la patrie ! » Cela choquerait trop. Néanmoins, Pierre Fortin, économiste émérite, osera parler de déclin du français parlé à la maison au Québec, et ce même si Jean-Claude Corbeil, chercheur associé à l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone de l’Université Laval, lui rappelle que la langue parlée à la maison n’est pas un indicateur social de la santé du français. L’usage du français comme langue de travail et langue utilisée dans la sphère publique démontre plutôt la stabilité du français au Québec qu’une régression. Chacun son champ de spécialité.
On mérite mieux !
Frédéric Bérard rappelle avec justesse une citation d’Albert Camus : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. » Camus disait cela en recevant son prix Nobel de littérature le 10 décembre 1957, c’est toujours autant d’actualité.
Je sais que trouver l’information juste c’est fatiguant, cela demande de vérifier et de contrevérifier. On n’a pas le temps. On se dit, qu’il ou elle doive le savoir puisqu’il ou elle a une chronique. S’il cite ses sources, cela permet au lecteur de poursuivre son raisonnement s’il en a le gout. Frédéric Bérard cite ses références et permet ce genre de réflexion éclairée.
Je veux voter pour un parti, pas contre un autre!
Cependant, il faut admettre que la perte de confiance envers nos dirigeants alimente le cynisme et le désengagement citoyen. Et à qui cela profite-t-il ? Cela profite aux prétendants à la gouvernance. Ils n’ont pas besoin d’étayer leurs propos avec des références et des spécialistes, ils peuvent dire n’importe quoi afin de remporter la course aux clics dans les médias sociaux. Mais, est-ce vraiment de cela que nous désirons ? Est-ce que la politique se résume à un concours de popularité sur le WEB ? Je ne le pense pas, la gestion de l’état est une affaire sérieuse et exige des gens dévoués au bienêtre de la société. Moi, je veux que nos dirigeants dépensent et investissent les deniers publics avec circonspection. Je veux qu’ils interrogent les programmes en place et vérifie la pertinence des nouveaux qu’ils veulent instaurer. Je veux voter pour un parti qui me fera des propositions claires sur ces sujets.
Frédéric Bérard cite Hannah Arendt qui disait : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion ».
On a les politiciens que l’on mérite et moi j’estime que l’on vaut mieux. On ne mérite pas un super ministre comme Pierre Fitzgibbon qui va jouer au richissime avec l’argent public. On est digne d’avoir une réelle politique de transition énergétique avec des gens qui connaissent bien le sujet et qui proposent des solutions concrètes. C’est sans doute pourquoi Frédéric Bérard cite Chantal Jeannotte : « L’environnement, on va ben pas se mettre dans la rue pour çà ! ». On mérite mieux que cela et je pense que madame Jeannotte, elle-même, sait qu’elle peut faire mieux.
Je vous laisse sur cette autre citation d’Albert Camus : « Faites attention, quand une démocratie est malade, le fascisme vient à son chevet, mais ce n’est pas pour prendre de ses nouvelles. » Donc, je vous recommande la lecture de On nous tuera doucement, chroniques sur nos dérives médiatiques, politiques et environnementales pour vous remémorer bien des faits récents au sujet des prétendants à la gouvernance québécoise. Je vous suggère également d’écouter ou de lire les chroniques de Frédéric Bérard. Il vous permettra de vous documenter sans avoir à tout lire par vous-même. À bientôt !
| Auteur | Frédéric Bérard |
| Titre | On nous tuera doucement Chroniques sur nos dérives médiatiques, politiques et environnementales. |
| Éditeur | Éditions Somme Toute |
| Année de publication | 2024 |
On appelle cela citer hors contexte. Je crois que les propos de PSPP sur l’immigration relève de la pure démagogie. L’intérêt de la chose est détourner le regard des électeurs des enjeux qui les touchent tels que la qualité de l’éducation, des soins de santé, des infrastructures, l’inflation, etc.