L’entrevue de Paul Saint-Pierre Plamondon

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Série : Je veux voter pour un parti

L’affection du peuple est la seule ressource qu’un

prince puisse trouver dans l’adversité.

 Nicolas Machiavel (1532) Le prince

Dans le cadre de ma recherche: Je veux voter pour un parti, j’ai écouté l’entrevue de Paul Saint-Pierre Plamondon à Rebel News qui a créé un certain buzz médiatique. Rebel News n’est pas un média reconnu et ce n’est pas pour des raisons idéologiques. Ils ont demandé le soutien au gouvernement fédéral pour les organismes de presse. Celle-ci a été refusée à la suite d’une enquête sérieuse où il a été démontré que Rebel News faisait davantage dans le commentaire et la propagande que dans le reportage de l’actualité.

Sans surprise, Alexa Lavoie a posé des questions orientées en fonction de l’idéologie de Rebel News. Les sujets abordés portaient sur l’économie, le tramway de Québec, la collaboration du privé dans le secteur public, le référendum proposé en Alberta, les prières de rues, la laïcité, le programme de rachat des armes à feu et l’aide médicale à mourir.

L’économie

Comme on pouvait s’y attendre, Paul Saint-Pierre Plamondon nous répète ad nauseam sa litanie que tous les problèmes québécois sont liés au système fédéral. Malgré tout, il a expliqué à madame Lavoie que le ratio dette nette/% PIB du Québec est relativement stable et se compare avantageusement à plusieurs démocraties. Il nous remémore les mauvais investissements de Pierre Fitzgibbon et les fiascos comme ceux de SAAQ-clic qui ont couté plus de dix-milliards au trésor québécois.

Il a longuement exposé sa vision sur le dédoublement des services et de la taxation entre les deux paliers de gouvernement. Suivant son raisonnement, si le Québec poursuit dans la fédération canadienne, il souffrira rapidement d’asphyxie fiscale. Cependant, il omet sciemment de parler des paiements de transferts. Pourtant, lui et madame Lavoie ont abondamment cité la politique albertaine. Dans les faits, l’Alberta s’est souvent plainte qu’elle contribue grandement aux paiements de péréquation sans en être bénéficiaire. L’Alberta a souvent déploré que le Québec est un des principaux récipiendaires dans cette formule. Le déséquilibre fiscal mentionné par Paul Saint-Pierre Plamondon se limite aux impôts et taxes payés par les Québécois au fédéral, et ce sans regard à ce que le Québec reçoit grâce aux paiements de transfert. Avant de déclarer le patient cliniquement mort asphysié, il serait plus honnête intellectuellement d’aborder la question de l’argent fourni par le gouvernement fédéral.

Néanmoins, j’étais heureuse d’entendre que le Parti Québécois ne permettra pas l’exploitation des gaz de schiste. Son chef a bien répondu en remettant les pendules à l’heure sur cette question. Il ne veut pas aller dans ce sens-là, car il désire développer l’hydroélectricité pour arriver à l’autonomie énergétique. Il dénonce avec justesse des couts associés à la fin de vie des infrastructures gazières ou minières qui sont laissés au public et dans ce calcul, le public perd toujours.

Le tramway de Québec

Je félicite Paul Saint-Pierre Plamondon d’avoir évité le piège de la nécessité du troisième lien. Madame Lavoie a bien tenté de lui démontrer l’immense appui de la population de Québec à cette idée. Il lui a exposé des chiffres qui révélaient l’inverse et il est demeuré inébranlable. Un tramway, un moyen de transport en commun efficace, lui semble être la meilleure voie d’avenir pour une ville de la taille de Québec.

La collaboration public-privé

Madame Lavoie a beaucoup appuyé sur la nécessaire collaboration entre le privé et le public présenté comme le remède au financement des soins de santé et des services à la population. Paul Saint-Pierre Plamondon est demeuré de marbre sur cette question en expliquant à la dame que ce n’était pas la différence entre le paiement au public ou au privé qui affectait la prestation de service et les couts. Il a même démontré que les agences privées avaient couté plus cher au système de santé que les infirmières travaillant au public en surtemps. 

Cependant, Paul Saint-Pierre Plamondon a plusieurs fois mentionné qu’il fallait couper dans la bureaucratie pour améliorer l’offre de service. Il s’agit de slogan facile qui mériterait d’être approfondi lors d’une autre rencontre médiatique. Rappelons-nous que la CAQ avait le même slogan et pourtant le nombre de fonctionnaires à augmenter de plus de dix milles depuis son arrivée au pouvoir. Plutôt que de parler de licencier des gens, il serait nécessaire de réorienter les budgets vers des priorités clairement établies et des programmes bien définis[i]. Ce faisant, ceci entrainerait une diminution des effectifs sans affecter la qualité des services. Cela fait un slogan plus difficile à articuler, mais c’est une piste de solution sérieuse.

Le référendum albertain

Madame Lavoie a abordé le sujet du référendum prévu en Alberta en demandant à Paul Saint-Pierre Plamondon s’il avait l’intention de suivre cet exemple. Il a plutôt esquivé la question tout en saluant le courage des Albertains d’utiliser ce moyen hautement démocratique pour faire entendre leurs voix.

En résumé

Les Albertains seront conviés à répondre à neuf questions dans le cadre d’un référendum le 19 octobre prochain. La première interrogation portera sur l’immigration afin de diminuer le nombre d’immigrants et permettre aux Albertains d’avoir la priorité pour les emplois disponibles. La seconde demande l’appui des Albertains pour que le gouvernement provincial limite l’éligibilité aux programmes de soins de santé, d’éducation et autres services sociaux aux citoyens canadiens, aux résidents permanents et aux individus ayant reçu une approbation de l’administration provinciale. La troisième question veut que le gouvernement ajoute une loi qui exige que tous les résidents non permanents ayant un statut légal acquièrent le droit d’accès aux programmes sociaux après une période de douze mois de résidence. La quatrième question insiste et demande l’appui des citoyens pour que la province de l’Alberta exige des frais raisonnables aux résidents non permanents et leurs familles utilisant des soins de santé et d’éducation. Enfin la dernière question simplement administrative requiert l’aval de la population pour que le gouvernement puisse exiger que tous les votants aux élections provinciales présentent une preuve de citoyenneté canadienne. 

Les quatre prochaines questions sont d’ordre constitutionnel. Il semble bien que les Albertains aient davantage de courage et d’appétit pour aborder des problèmes de réforme de la fédération plutôt que de brandir uniquement la menace de séparation. Enfin, le gouvernement veut savoir si l’Alberta devrait obtenir le pouvoir de nommer elle-même ses juges provinciaux. Secundo, si les citoyens veulent l’abolition du Sénat canadien. Tercio, l’Alberta voudrait le pouvoir de se retirer des programmes fédéraux avec la pleine compensation financière et enfin, les lois provinciales devraient avoir préséance sur les lois fédérales en cas de conflit.

Sa position

Paul Saint-Pierre Plamondon est tout à fait d’accord avec la question de l’obligation de présenter des pièces d’identité démontrant la citoyenneté canadienne aux élections. Il mentionne que cela fait partie de la normalité. Rapidement, il relie ce problème de dysfonctionnement à la fédération canadienne, puis il accuse François Legault de ne pas avoir respecté sa promesse de tenir un référendum sur l’immigration. Néanmoins, il ne s’engage pas à tenir d’autres référendums que celui sur la souveraineté du Québec. Il accuse ses adversaires politiques du parti Libéral du Québec, du parti Conservateur du Québec et de la Coalition Avenir Québec de vouloir faire des gains dans le Canada. Pourtant en toute honnêteté intellectuelle, il s’agit de l’objectif avoué du prochain référendum albertain.

Les prières de rue et la laïcité

Le bruit sur la colline parlementaire causé par des prières de rue a été discuté. Évidemment Paul Saint-Pierre Plamondon dénonce le silence médiatique sur « ce phénomène qui était impensable, il y a dix ans ». Il a affirmé avoir obtenu un fort mandat de son parti pour délimiter le religieux dans l’espace public. Le chef du Parti Québécois prévoit des problèmes avec le fédéral qui serait infiltré par l’ingérence étrangère selon ses dires. Il a promis qu’il s’attaquera à la question des prières de rue au lendemain de son élection afin de sauver la paix sociale au Québec.

Personne n’a mentionné que les municipalités ont déjà tous les outils législatifs et règlementaires pour solutionner cette question. L’intervieweuse et l’interviewé ont préféré insister sur le tort incommensurable causé à la société québécoise, soit un seuil d’immigration trop élevé qui cause la crise de logement. Paul Saint-Pierre Plamondon nous lance : « La paix sociale vaut cher et on va mettre des règles de respect et de civilité ce qui unit tout le monde » . Donc, cela signifie qu’un prochain gouvernement péquiste resserra la loi sur la laïcité. Madame Lavoie lui a demandé si le Québec devait préserver son héritage chrétien. Il s’est empressé de répondre que oui, que le patrimoine bâti faisait partie de l’histoire du Québec et qu’il s’ennuyait des vieilles granges en bois qui parsemaient nos campagnes.   Ils n’ont pas abordé la question des jours fériés catholiques et il n’a pas mentionné l’intention de consulter la population à ce sujet. L’outil référendaire semble limité à la question de la souveraineté.

Le programme canadien de rachat des armes à feu

Pour Paul Saint-Pierre Plamondon, il ne semblait pas y avoir de problèmes majeurs avec ce programme.

L’aide médicale à mourir

Paul Saint-Pierre Plamondon a rassuré madame Lavoie alors qu’elle évoquait que l’aide médicale à mourir était devenue un moyen de remplacer le manque de soin. Il a réitéré sa confiance dans le système et à assurer que la question de l’accessibilité aux soins médicaux demeurerait une priorité pour un futur gouvernement du parti Québécois.

Conclusion

La formule de l’entrevue était intéressante même si l’objectif de la chroniqueuse semblait clairement être de récolter de la substance pour alimenter ses positions idéologiques. Paul Saint-Pierre Plamondon s’est bien défendu. On peut espérer que son ouverture à accepter l’entrevue de Rebel News pourrait être suivie d’une série d’entrevues dans d’autres médias pour lui permettre de préciser les intentions de son parti dans plusieurs dossiers. Cela servira bien le processus démocratique.


[i] Je remercie Martin Coiteux pour la précision de vocabulaire. Au début, je parlais de révision des programmes et l’économiste chevronné m’a rappelé que cela rappelait trop les programmes d’austérité et manquait de précision. 

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