La souveraineté du Québec est un choix politique collectif

Spread the love

Série: Je veux voter pour un parti

J’avoue que j’ai de la difficulté avec le ton revanchard péquiste. Paul Saint-Pierre Plamondon qui s’en prend à quiconque le contredit. Jean-François Lisée critique le droit de changer d’idée. Des militants péquistes sur les réseaux sociaux font dans l’attaque personnelle plutôt que dans l’échange de point de vue. Pourtant, la maturité politique exige davantage et la souveraineté du Québec repose sur un choix murement réfléchi et discuté. Alors, j’ai décidé de lire l’argumentaire péquiste sur la question économique. Il en ressort que le vrai débat économique ne porte pas sur la question de la viabilité d’un Québec souverain. L’indépendance du Québec était accessible en 1995, elle l’est encore même si le contexte politique international actuel parait nettement défavorable. Rappelons-nous de la célèbre envolée de Robert Bourassa au lendemain de l’échec de l’accord du lac Meech.

Quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, le Québec est aujourd’hui et pour toujours une société distincte, libre et capable d’assumer son destin et son développement.

Robert Bourassa, 22 juin 1990

Actuellement, le vrai débat devrait porter sur les couts de la transition, sur la durée de celle-ci et sur la tolérance aux risques à court terme des Québécois et des Québécoises. Le jeu en vaut-il la chandelle ? C’est au peuple du Québec de déterminer s”ils veulent la souveraineté du Québec.

Monnaie canadienne durant la transition

Le Québec indépendant prévoit conserver la monnaie canadienne durant la transition. Cependant, le document omet de mentionner que de conserver le dollar canadien sans accord monétaire formel signifie que le Québec ne contrôlera pas sa politique monétaire. Si les marchés financiers exigent une prime de risque sur la dette québécoise, ce qui se produit presque toujours pour un nouvel État souverain, le service de la dette pourrait augmenter sensiblement. Une hausse d’un seul point de pourcentage sur 250 G$ représente 2,5 G$ de charges annuelles supplémentaires. Selon le discours de Paul Saint-Pierre Plamondon, l’endettement canadien progresse trop vite, vraisemblablement la même logique s’appliquera au nouveau pays du Québec. Il faut avoir l’honnêteté et la rigueur d’aborder cette éventualité.

Couts de transitions administratives

Il y aura des couts de transitions administratives que le document ne chiffre pas. Clairement, la création d’un service diplomatique complet, d’une armée, d’une banque centrale et des agences de régulation comme le CRTC ou la nouvelle agence prévue pour la cybersécurité représenteront des investissements considérables. La Slovaquie est souvent citée comme un exemple positif dans le document. Mais la publication néglige de mentionner le fait que ce pays a bénéficié de l’infrastructure institutionnelle tchécoslovaque existante et de l’intégration immédiate à l’UE. La souveraineté du Québec n’entrainera pas son intégration dans l’ACECUM ni dans le partenariat Canada-Europe. L’engagement de réduire drastiquement la bureaucratie québécoise dans les autres services publics engendrera forcément des économies, mais elles seront rapidement mises à contribution dans ces nouvelles dépenses.  


L’incertitude politique

La littérature économique est claire sur un point : l’incertitude politique ralentit temporairement l’investissement. Une période référendaire et postréférendaire génèrera invariablement une période de turbulences économiques. L’expérience slovaque, qui a bénéficié de sa présence dans l’Union européenne, illustre clairement des couts importants de transition durant les cinq premières années suivant la séparation. De plus, il faut noter que le solde budgétaire du Québec est actuellement négatif. Nous connaissons tous la rengaine, le déficit laissé par le parti précédent est plus élevé que prévu et cela amène le parti nouvellement élu à reculer sur ces engagements. Or, cette question devient cruciale avec le parti québécois. Le solde du budget est déficitaire et le parti québécois prévoit de nouvelles dépenses pour investir dans la reconnaissance internationale de notre futur pays. Où prendra-t-il l’argent ? Où coupera-t-il ?

Réalité incontournable

Le vieillissement démographique constitue un facteur indépendant de la souveraineté québécoise, mais il s’agit d’une réalité incontournable. Le Québec fera face à une pression démographique majeure sur ses finances publiques d’ici 2030-2040. Un Québec indépendant héritera de cette contrainte. Ceci augmentera la pression sur les finances publiques dans la période de transition postréférendaire.

Renégocier les accords commerciaux

Enfin, le Québec devra renégocier les accords commerciaux dont le Canada est signataire comme l’ACEUM (Accord Canada–États-Unis–Mexique), le CETA (avec l’Europe) et de nombreux autres. L’hypothèse optimiste veut que les États-Unis accueillent favorablement et rapidement un nouvel État. La relation commerciale avec les États-Unis est vitale pour le Québec (84,8 G$, soit 70 % des exportations), et toute période d’incertitude dans cet accès aura des conséquences économiques significatives. De plus, il me semble idoine de rappeler que le président actuel a déjà déclaré qu’il considérait l’étiquetage en français comme une barrière commerciale. On part avec quelques prises au bâton avant le début des négociations.

Évidemment, l’attitude américaine dépend du contexte géopolitique, du moment, de l’administration en place et de considérations stratégiques qui dépassent l’économie pure. Présentement, on n’est pas sorti de l’auberge et le Canada non plus. Les provinces canadiennes ont manifesté le désir d’améliorer le commerce interprovincial en réduisant ou en harmonisant la règlementation. Il est fort probable que l’arrivée du parti québécois refroidisse les ardeurs pour éliminer des barrières tarifaires avec le Québec.

Conclusion

Personne ne lit dans une boule de cristal et ne peut prévoir avec certitude l’avenir d’un Québec indépendant. Mais devant l’entêtement et l’acrimonie du chef du Parti Québécois, je crois que nous devrions débattre de notre appétit pour la souveraineté du Québec avant de le porter au pouvoir. Le programme péquiste ne laisse pas de doutes, suivant son élection, le processus d’accession à la souveraineté est enclenché. S’il est exact que l’indépendance permet de récupérer 82,3 G$ que les Québécois paient au gouvernement fédéral, il est également vrai que l’indépendance du Québec comprend des couts de transition. Le solde des couts et bénéfices détermine le bon choix. La Slovaquie a pris dix ans pour absorber les couts de transition. À court terme, le Québec devra assumer ces couts supplémentaires. Cela est indéniable, même Jacques Parizeau le mentionnait. Certains se souviendront de l’histoire des homards.

Programme du parti québécois

Si le parti québécois est élu aux élections du 5 octobre, ce gouvernement devra remettre les finances publiques à l’équilibre tout en assurant le déploiement de bureaux du Québec dans le monde afin de préparer la souveraineté. Dans le même laps de temps, il s’est engagé aider les jeunes Québécois à avoir accès à une première maison, c’est souhaitable. Mais le programme du parti québécois comprend également une multitude d’engagements. Il en ressort une vision optimiste qui nécessite beaucoup d’investissements et un échéancier très long. En voici un court échantillonnage et trouvez ici le lien vers le programme.

  • La création d’un bureau de ministre chargé de l’ensemble des activités ministérielles liées à l’indépendance.
  • Promouvoir la culture et créer un fond pour assurer un filet social pour les artistes et les travailleurs culturels indépendants.
  • Mettre en place un forum parlementaire avec les Premières Nations pour faire du projet d’indépendance un projet commun et rassembleur.
  • Créer de nouvelles instances régionales dotées de pouvoirs décisionnels ayant une autonomie financière et démocratique.
  • Réformer le mode de scrutin pour introduire des composantes de proportionnalité.
  • Protéger la liberté d’expression.
  • Mettre en place un cadre règlementaire pour encadrer l’utilisation de l’IA.
  • Affirmer le principe de souveraineté numérique dans la législation québécoise.
  • Créer une agence de cyberdéfense.
  • Améliorer l’offre de transport en commun.
  • Promouvoir l’économie circulaire, notamment en développant des systèmes de traçabilité de nos matériaux de construction.
  • Élaborer une stratégie nationale visant la remise en culture des parcelles agricoles en friche.

Mon analyse

Je dois vous dire que j’ai trouvé cette lecture inspirante. Je serais surprise qu’elle réjouisse madame Alexa Lavoie de Rebel News. Mais pour une progressiste comme moi, il y a beaucoup d’éléments qui me plaisent. Le problème est que je n’y crois pas. L’argent représente le nerf de la guerre et il en faudra beaucoup. Un prochain gouvernement du parti québécois devra gouverner et ce sera l’occasion d’arbitrages difficiles entre les différentes priorités. C’est pourquoi je trouve malhonnête que le parti québécois n’aborde pas la question des couts de transition pour le gouvernement du Québec et l’échéancier qu’il propose pour les négociations avec le Canada.

Mes questions: Où vont-ils trouver l’argent pour tout cela ? Quels enjeux seront priorisés par un prochain gouvernement du parti québécois ? À combien est-ce que le parti québécois estime les couts de la transition advenant un Québec souverain ? La rigueur et l’honnêteté intellectuelle exigent des réponses, car la souveraineté du Québec est un choix politique collectif ! 


 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.