Se tenir debout !

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« J’aspire — nous aspirons, je crois — à ce que l’on vive debout »

Françoise David

La force des mots

J’ai toujours ressenti une grande admiration pour Françoise David, cette Québécoise à l’engagement social et politique remarquable. J’ai lu d’un couvert à l’autre son essai Se tenir debout ! Dans cet essai, elle dénonce certaines dérives présentes dans notre société. Le bouquin a été écrit avant l’élection provinciale de 2026, mais son contenu est criant de pertinence et d’actualité. Ce serait un bon livre pour tous.tes les députés.es nouvellement élus.es. 

Dans le prologue, elle constate l’ampleur de la dévastation causée par le retour du président Trump : des guerres inutiles, le déni face aux bouleversements climatiques, la montée du racisme et du sexisme. « On sait que le mégalomane en chef et ses complices voudraient bien mettre la main sur notre eau, nos minéraux et nos autres ressources naturelles ». J’applaudis cette grande dame d’avoir écrit ce que plusieurs pensent tout bas. Et oui, le Québec est un endroit riche et avec de grandes possibilités. François David aime le Québec et le peuple québécois. Elle est toujours indépendantiste et appelle à un Québec libre, rassembleur, généreux et bienveillant !

Debout pour la justice sociale

Saviez-vous qu’en 2024 au Canada, 20 % des gens les plus riches recevaient 42,3 % du revenu disponible et possédaient 65 % de la richesse ? Parallèlement à cela, 40 % des plus pauvres récoltaient seulement 17,3 % du revenu disponible et 3 % de la richesse ! Alors je veux bien que les revenus aient augmenté, mais il semble que l’on ne peut plus mettre le couvercle sur la marmite. L’inflation fait des ravages. Madame David m’apprend que la clientèle des banques alimentaires est désormais composée d’environ 20 % de travailleurs.ses. Scandaleux, n’est-ce pas ? Ces personnes travaillent, mais ne sont pas capables de se nourrir… Notre nouveau gouvernement aspire à un Québec souverain, alors il doit comprendre que moi, madame David et beaucoup d’autres ne voulons pas d’un pays comme cela. Je découvre que Le Collectif pour un Québec sans pauvreté propose déjà beaucoup de solutions concrètes. Ainsi, notre nouveau gouvernement pourra faire appel à leur expertise plutôt que de tenter de réinventer la roue comme l’a fait trop souvent le gouvernement québécois précédent.

Debout pour l’Éducation !

« Une terre où les enfants sont éduqués de façon à pouvoir réaliser leur plein potentiel et leurs rêves ». Françoise David nous rappelle que les services publics sont en déficit d’amour et de considération de la part de nos gouvernements depuis la fin des années 1980. Donc on parle de réduction de budgets et de sous-investissements depuis plus de 46 ans ! Imaginez un propriétaire d’entreprise qui n’investit pas dans ses affaires et qui réduit ses budgets d’exploitation depuis aussi longtemps… Croyez-vous à sa rentabilité ? C’est exactement la situation du Québec d’aujourd’hui.

Les Québécois.es ont élus.es le Parti Québécois, un parti souverainiste qui promet de tenir un référendum sur l’accession à l’indépendance du Québec dans son premier mandat. Peut-on raisonnablement croire que ce Québec souverain sera un endroit où il fait bon vivre si notre gouvernement poursuit dans la voie du désinvestissement ?

Des propositions de solutions

Voici quelques-unes des solutions proposées dans cet essai :

  • Augmenter le crédit d’impôt de solidarité pour les personnes à faibles revenus. En contrepartie, imposer une taxe additionnelle sur les produits de luxe.
  • Augmenter les tarifs d’électricité pour les ménages qui consomment plus de 50 000 kilowattheures (1 % des consommateurs) en continuant de maintenir de bas tarifs pour les gens à faibles revenus.
  • Revoir les critères qui guident l’État québécois dans ses aides aux entreprises en ajoutant la responsabilité environnementale, la création ou le maintien d’emplois, le respect de la Charte de la langue française dans les règles d’attribution.

La première proposition me semble plutôt sans conséquence pour les mieux nantis et aiderait surement les personnes vulnérables. Il faut de toute urgence en finir avec l’appauvrissement général. Il est intolérable que quelqu’un qui travaille n’ait pas les moyens de vivre au Québec. La seconde solution a également le mérite d’appuyer la transition énergétique qui ne peut réussir sans une consommation responsable de l’énergie déjà produite[1]. Le parti Québécois et l’ensemble des partis en chambre supportent la langue française dans l’espace public. La troisième suggestion devrait passer comme une lettre à la poste concernant la Charte. La responsabilité environnementale ne devrait pas être négociable. C’est de l’avenir de notre territoire qu’il s’agit.

Debout pour le vivre ensemble

J’ai beaucoup apprécié que madame David rappelle à nos décideurs.ses « qu’il appartient d’abord et avant tout aux femmes et aux couples de décider s’ils auront des enfants, quand et combien ». Elle invite nos élus.es à tenir un large débat avec la société civile au sujet de l’immigration. Si des seuils doivent être imposés, ils devraient faire l’objet d’un large consensus.

Madame David nous rappelle que le gouvernement fédéral a coupé son programme de logements sociaux en 1994. Or s’il avait maintenu le cap, ce serait 80 000 logements de plus que l’on aurait aujourd’hui au Québec. Alors il faut impérativement cesser les raccourcis intellectuels pour pointer du doigt l’immigration comme la source de tous les maux. Plus de 55 % des personnes immigrantes s’installent désormais hors de Montréal. Les entreprises réclament que les personnes en poste, francisées, demeurent au Québec. Il ne faut pas faire de l’immigration le bouc émissaire de toutes les dérives de la société québécoise, car ce sera se tromper de cible et surtout passer à côté de solutions structurantes pour l’avenir et le développement de notre province.

À ce sujet, elle nous remémore ce que René Lévesque disait au soir de sa victoire électorale de 1976 : toute personne, née au Québec ou non, qui choisit le Québec, est québécoise. Françoise David témoigne de ce malaise que je ressens, que plusieurs d’entre nous ressentent devant cet appel à la méfiance et à la haine de l’autre. Je suis actuellement en France qui bouillonne sous les manifestations. En réalité, les rues des bourgades sont majoritairement tranquilles et les Français vaquent normalement à leurs occupations quotidiennes, mais… certaines chaines de télé et les réseaux sociaux tournent en boucle des images de dérapages, font des associations douteuses entre les évènements. Comme chez nous, des puissants détournent l’attention de la source des manifestations pour se concentrer sur des incidents qui n’ont rien à avoir avec les objectifs poursuivis par une vaste majorité de manifestants. Cela donne le même résultat que chez nous au Québec. Mes amis de gauche accusent la droite et mes amis de droite accusent la gauche. Il n’y a pas de dialogue, ce qui profite directement aux tenants du statuquo. Pourtant les manifestants veulent simplement des écoles salubres et des professeurs compétents, la même chose que nos étudiants québécois. Comment avons-nous pu en arriver là ?

Enfin, sur la laïcité, le sujet qui enflamme tant de passion,Françoise David nous rappelle que la laïcité pour l’État signifie la séparation étanche entre toutes les religions et l’État. Ce n’est pas l’invisibilisation, voire l’éradication de toute forme de religion. Ce n’est pas non plus l’introduction de l’athéisme ou de la non-croyance comme un nouveau dogme social.

Le pays du Québec

Elle clôt son essai avec le pays à venir, pays auquel elle aspire toujours. Elle désire le pays pour que nous soyons pleinement responsables de nos décisions et de notre avenir comme nation. Cependant, elle nous rappelle que ce pays devra se faire en tenant compte de la minorité anglophone, des nouveaux Québécois et en négociant les paramètres de l’autodétermination des Premières Nations. Elle insiste sur le fait que notre première constitution devra être le résultat d’une démarche hautement démocratique où l’on consultera la population pour son élaboration. Pour moi, c’est à ces conditions seulement que le pays se fera ou ne se fera pas.

À lire !

AuteurFrançoise David
TitreSe tenir debout !
ÉditeurÉcosociété
Année de publication2026

[1] Pineau, P.-O. (2026). Énergie: réduire pour prospérer. Gestion, HEC Montréal, 51(1), 14–15.

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